KONGO, quel rôle pour le sénat dans la quatrième République?

Deuxième partie: La refondation de l'État léopoldien par la restauration et la consécration des tribus fondatrices du KONGO comme source du pouvoir pour un contrat national favorable à l'âme du Muntu.


Depuis la suppression au Sénégal du sénat de ce pays, la question de la pertinence de cette institution se pose incontestablement dans nombre de pays africains. En RDC, à la vue du spectacle désolant offert récemment par la tristement célèbre classe politique congolaise, avec notamment un changement inquiétant de majorité, sans élections, au sénat comme à l'assemblée, la tentation est forte d'en découdre radicalement avec cette institution. Une chambre des sages dont le rôle déjà énigmatique aux yeux de beaucoup n'est certainement pas pour plaider en sa faveur.


Toutefois, l'exemple du même Sénégal - jusque-là considéré comme un îlot de stabilité démocratique dans un chaos africain de la mal-gouvernance - avec les dernières scènes apocalyptiques de violence et le tournevis sécuritaire qui a suivi, devrait nous interpeller. Notamment sur la capacité du nègre à assumer un pouvoir sans contre-pouvoir sérieux lorsqu'il accuse précisément un appétit vorace pour un tel pouvoir.



Plutôt que de jeter l'eau du bain et le bébé , une réforme de cette institution dans son essence peut être mise à profit pour équilibrer davantage la machine politique du KONGO.


Dans la première partie de cette série de réflexions, nous avons abordé la question de la chambre basse du parlement avec la responsabilisation des commissions paritaires comme répliques de l'organe exécutif, en vue d'assurer un contrôle actif de ce dernier. De manière à remédier, par un consensus obligatoire au sein de ces commissions, à la marginalisation de l'opposition qui conduit à la tyrannie de la majorité.


Si la tyrannie de la majorité et son corollaire du triomphe de la médiocrité, qui ont élu domicile en RDC, sont indiscutablement les effets secondaires d'un modèle occidental largement imparfait, le paradoxe hérité du féodalisme inexpugnable européen d'un pouvoir exécutif, sans pouvoir séparé de conception et d'orientation, est autant un problème majeur qui mène fatalement à l'inefficacité de ce modèle.



Aujourd'hui, le pouvoir exécutif définit ses propres objectifs sur base des considérations purement clientélistes. Même si, il est vrai, il se donne la peine de présenter son programme devant une assemblée nationale où il est adopté, hélas, dans une logique partisane qui relève plus du folklore que du contrôle parlementaire. Quid de la vision pour le pays et de la défense de l'intérêt national au-delà des calculs électoralistes primaires, égoïstes, voire cyniques? Si tant est que l'on tient compte des résultats réels des élections.


Il nous semble qu'une séparation nette entre le rôle exécutif du gouvernement et celui d'orientation ou de décision doit être établie. Qui plus est, un équilibre doit être trouvé entre la politique politicienne et l'intérêt national. Le gouvernement, comme organe exécutif, doit recevoir ses orientations d'un autre organe qui transcende les calculs de pure politique politicienne. Seules de telles orientations élaborées par une expertise scientifique attachée à un tel organe, coulées dans une doctrine clairement définie et ancrées dans le temps, peuvent assurer à la fois une cohérence, une stabilité et une pérennité dans la conduite des affaires de l'État. Trois valeurs cardinales, par ailleurs essentielles, pour la création d'un climat des affaires appréciable.


De ce point de vue, la chambre dite des sages serait véritablement dans son rôle si une telle mission dépolitisée d'orientation pouvait lui être assignée. Ainsi, le travail de contrôle au niveau des commissions à la chambre basse serait plus efficace d'un point de vue de l'évaluation des objectifs, mais aussi du consensus qui doit caractériser leurs travaux. Étant donné que les objectifs de gouvernance sont dépolitisés. Le gouvernement se limiterait donc dans son rôle d'organe d'exécution des politiques d'intérêt véritablement national arrêtées par le sénat. Il n'est pas exclu que l'organe exécutif puisse avoir des politiques d'initiative propre, dans les limites de ses compétences, suivant ses aspirations idéologiques ou autres. Cependant, le cœur de l'action gouvernementale doit être pensé, élaboré, par un corps distinct, politiquement neutre et guidé par une expertise avérée.


Il est évident que la composition d'un tel sénat devra obligatoirement sortir des sentiers battus hasardeux occidentaux pour embrasser les spécificités locales compatibles avec notre expérience comme peuple. Une idée serait de le constituer des délégués de chacune des tribus du KONGO. Des délégués choisis sur la base de leur mérite dans la société civile, leur noblesse de caractère et leur attachement patriotique à la nation. Il est important de souligner que quoique délégués par leur tribu, leur vocation est essentiellement nationale. La parité homme-femme devra aussi être prise en compte dans le choix de ces délégués. Pour cela, une moitié des tribus devra, par exemple, présenter des délégués d'un de deux genres et alterner après chaque législature.


Avec une telle vision, la chambre haute sera effectivement constituée et organisée pour être un sanctuaire dépolitisé et voué uniquement à l'intérêt national. Tandis que la chambre basse opérera suivant un modèle politicien classique. Un équilibre politique et philosophique sera ainsi trouvé pour le pays.


Si l'assemblée nationale rééquilibrée par la valorisation de l'opposition sera effectivement le temple de la démocratie, le sénat sera véritablement le Sanctum Sanctorium de la nation. Celui qui opérera aussi suivant des règles liées à nos traditions attachées au respect du Sacré et réputées pour leur inviolabilité.



Les portes seront de cette manière refermées sur les méfaits de la particratie, cet autre travers de la démocratie qui nous vient droit de Belgique. Là où la RDC puise servilement tous ses archétypes de la médiocrité. Là où le pays est entraîné dans une sorte de tournante des politiciens coalisés dans des alliances à la limite de l'obscénité. Des pistons certifiés incompétents, d'ailleurs parfois sans représentativité réelle, qui sévissent de ministère en ministère, d'année en année, au gré de leurs appétits propres.


Pour consolider ce rôle d'orientation et déplacer le centre de gravité de l'autorité de l'État vers lui, le sénat devra aussi assurer, par des commissions appariées, un rôle de sanction pour les membres de l'exécutif. Tandis que l'assemblée assurera, comme indiqué dans la première partie de cette réflexion, le contrôle actif de l'action gouvernementale avec la nécessité de contresigner les décrets par la présidente de la commission appariée, suivant une majorité qualifiée de 2/3. En plus de la supervision directe des organismes d'appui à la démocratie comme la CENI, l'observatoire des droits humains, etc. Mais aussi d'autres organismes comme l'inspection générale des finances.


Le modèle occidental de la démocratie n'est certainement pas une panacée. Sans un encadrement intelligent tenant compte de nos spécificités, il est voué à un échec certain.


Si en RDC, les trente dernières années passées à essayer de l'implémenter aboutissent aujourd'hui à une confusion monumentale, les raisons sont aussi à trouver dans ces problèmes que nous relevons dans ces réflexions. À savoir, la tyrannie de la majorité associée au triomphe de la médiocrité, l'absence du contrôle actif et systématique de l'exécutif et l'absence de l'orientation dans l'exécution des politiques. Des tares qui ont contribué à maintenir le centre du pouvoir au niveau de l'exécutif dans un schéma purement colonial d'occupation et d'exploitation.



De telles raisons sont aussi à trouver dans le psyché du nègre. Comme le chante Youssou Ndour dans Demb: «Nit Kunyul, dafa beug ngur». Contrairement à d'autres, le nègre doit sans doute aimer maladivement le pouvoir. Sans un contre-pouvoir approprié, la moindre parcelle de ce pouvoir qui lui est octroyé est une occasion pour lui de se muer en tyran et de s'accrocher ensuite pathologiquement à un tel pouvoir. Systématiquement dans un bain de sang qui résulte de ce conflit dans l'âme du Muntu avec un modèle qui lui est intrinsèquement hostile.


En effet, outre toutes ces raisons, un problème majeur rencontré dans les pays issus de l'occupation coloniale demeure le rapport conflictuel avec un État abusif à l'origine et qui se perpétue indépendamment de l'autonomie apparente de ces pays. Le modèle de sénat que nous proposons concourt à régler cette question. En plus de consolider l'unité nationale par l'inclusion de toutes les tribus constitutives de la nation sans exception dans la gestion politique, par le pouvoir que le sénat a sur l'exécutif, ce modèle reconfigure l'État dans un format qui le réconcilie avec le peuple et l'histoire. Alors que jusqu'au jour d'aujourd'hui, un rapport conflictuel avec l'État léopoldien - qui a supplanté les tribus constituantes du projet KONGO, dont il tire pourtant sa légitimité avant de les marginaliser et de les clochardiser - prévaut dans une forme de monarchie présidentielle, socle des dictatures récurrentes. Là où le président fait office en réalité d'un gouverneur général qui attend toujours sa reconnaissance par la petite Belgique. Les abus effroyables que le Léviathan multiplie durant l'occupation commerciale puis coloniale affectent le psyché du nègre de manière singulière. De génération en génération, les traumas sont transmis génétiquement à la postérité. De ce point de vue, il est impérieux qu'un travail de refondation de l'État soit envisagé avec le plus grand sérieux. Pour remédier aux tares systémiques qui empoisonnent toute idée de développement dans une forme de malédiction infligée par l'occupant après son expulsion. Il s'agit essentiellement de la corruption et de l'auto-sabotage de manière générale, au sein d'une population restée en mode résistance par rapport à un État incroyablement abusif. Un État dont la seule évocation, Mbula-Matari, est synonyme d'un supplice qui pousse à tous les abus inconsciemment perçus comme des actes de bravoure. Des abus inexistants dans les pays qui n'ont pas fait l'expérience de la colonisation comme l'Éthiopie. L'abolition par un acte solennel de l'État léopoldien qui se perpétue malicieusement par le principe de la continuité de l'État et la création d'un nouvel État sur un paradigme authentique, fidèle à l'histoire, sont incontournables.


Une telle refondation de l'État passe par la restauration des tribus fondatrices du KONGO comme source du pouvoir. Par leur représentation au sénat. Avec comme rôle ultime de désigner parmi les membres de cette institution, le chef de l'État. Un chef de l'État qui devra assurer une fonction essentiellement symbolique visant à imprimer un modèle pour la société par l'excellence de son mérite, la noblesse de son caractère et son attachement patriotique sans faille. Il va de soi qu'un tel rôle vital ne peut être laissé au hasard des jeux politiciens particulièrement mesquins qui ont fait la démonstration de la médiocrité qui a infecté l'âme du peuple au cours des 30 dernières années en particulier avec le pouvoir délinquant des belligérants. Avant de le clochardiser et d'en faire la risée de tout un continent. La proie d'un monde occidental rapace.


C'est toute l'importance d'une quatrième République. Celle qui opère une révolution philosophique et politique pour rompre définitivement avec la sujétion monarchique avilissante et l'inféodation servile à ce modèle occidental nocif.


À suivre...



Bukoko.Ikoki@Bushabola.com,


Citoyen ordinaire.







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