«Condamnez-moi! Cela n'importe guerre. L'Histoire m'acquittera!»

Updated: May 11, 2019


Pour les soixante cinq ans de la révolution cubaine.

Un livre à lire et à relire. Mais entre les lignes...


Au-delà des considérations politiques qu'il renferme, ce livre est une formidable présentation de l'histoire récente de Cuba. La narration très imagée qui est faite des événements vous plonge dans un univers fascinant qui ne trahit en rien la réputation de charme qu'a l'île elle-même. De manière générale, le récit détaillé des événements vous apporte une connaissance riche de la situation du pays, et même de celle d'autres pays associés à son histoire.

Il faut cependant déplorer la logique caricaturale dans laquelle verse sans retenue l'auteur. Il semble, comme l'illustre le titre, avoir une opinion toute faite de l'homme d'État qu'il essaie ensuite de vendre à qui veut l'entendre. Ce faisant, il tombe dans les mêmes excès de la propagande qu'il s'acharne tant à dénoncer. Nulle part on ne dénote, en effet, la moindre volonté dans le chef de cet auteur de faire un tant soit peu justice à Fidel Castro dans l'une ou l'autre des faits qu'il présente. Pire que la caricature, c'est à une attaque ad hominem en règle qu'on assiste dans l'épilogue. Ce qui déteint immanquablement sur la qualité historique de l'ouvrage qui se veut une biographie.

Pourtant l'histoire qui, comme on le sait, est têtue, semble donner raison aujourd'hui au Lider Maximo. Cela démontre bien que la lecture des événements qu'a cet auteur, et de fait celle des détracteurs du dirigeant cubain, est erronée. Il suffit pour cela de considérer cette conversation très intéressante entre Castro et Felipe Gonzáles que l'auteur nous rapporte:

Au printemps 1991, à Mexico, il rencontre Felipe Gonzáles qui l'exhorte à ouvrir son pays aux capitaux espagnols, voire européens, seule porte de sortie honorable pour lui, et à donner des gages sur des questions des droits de l'homme. Comme il l'a déjà fait à de nombreuses reprises, le dirigeant social-démocrate lui conseille d'annoncer des élections libres et l'avènement du multipartisme. "Il faut agir dès aujourd'hui avant que l'Histoire, ne vous oublie", lui recommande-t-il. Le premier ministre est abasourdi par la réponse: "C'est toi qui es hors de l'Histoire ( lui assène un Castro arrogant et hautain ). Le capitalisme va être emporté par une crise colossale, pire que celle de 1929! La bourse de New-York, vois-tu, n'est qu'une bombe à retardement. Le confort t'aveugle, Felipe, car le monde occidental est condamné à l'effondrement social, et le communisme triomphera!" Consterné par cette reaction d'un autre siècle, Felipe Gonzáles reste sans voix: " Il est prisonnier du syndrome de Numance ", dit-il. De quel bois est donc fait ce don quichotte rouge?

Cet extrait illustre à lui seul le contenu du livre. Autant il brille par la richesse des révélations qui sont apportées, autant la lecture des événements par l'auteur est indiscutablement mauvaise et il se distingue dans sa mauvaise foi. Nul besoin de rappeler aujourd'hui que le grand capital a effectivement quelques soucis, que le monde occidental ne s' effondre pas que socialement ou que le sort de l'Espagne en particulier (et ses capitaux...lol) est d'une tristesse à pleurer. Si la réaction de Castro en 1991 est d'un autre siècle, c'est sans doute de celui qui arrivait. De ce point de vue, le Lider Maximo, n'est pas seulement un visionnaire, mais un prophète, tant sa position est d'une précision redoutable à une époque où tous étions enfermés dans la certitude de la suprématie occidentale qui du reste venait d'être confortée par la chute de l'Union soviétique. Que l'on fasse une telle lecture dans les années 90, cela pouvait se concevoir. En 2007, avec notamment la montée fulgurante de la Chine, qui était déjà perceptible depuis belle lurette, on ne peut que difficilement résister à l'idée d'une contre-propagande à laquelle se livre cet auteur.


Certes, tout n'est pas rose à Cuba. Sans faire l'apologie des crimes décrits, il nous semble que la question qu'il faut avoir à l'esprit, à la lecture de ce livre, est de savoir quelle aurait été l'alternative pour Cuba sans Castro, ou en cas d'un fléchissement de type Glasnost avec les résultats que l'on connaît. À la différence de la Russie, l'île ne serait aux mains ni du KGB ni d'une mafia plus ou moins rougeâtre, mais à celles de la CIA et de Cosa nostra, toutes deux amèrement déguerpi par le Comandante. Le pays ne serait pas simplement un transit de la drogue au travers d'un petit deal, du reste pour raison d'État, comme semble l'avouer cet auteur, mais une plaque tournante pour une industrie qui alimenterait l'Amérique tout entière. Ou encore un déversoir d'OGM, des produits bourrés d'oestrogènes et d'autres poisons caractéristiques de la malbouffe impériale étasunienne pour achever d'anéantir le peuple cubain dans son essence avant d'en faire des zombies hypnotisés de la consommation. Des consommambules friands des gadgets électroniques et des mécaniques de grosse cylindrée. Le tout avec comme toile de fond, le racisme typique du monde soi-disant libre et une violence aujourd'hui inexistants à Cuba. Ce racisme d'État qui trouve précisément son origine dans un modèle athénien qui consacre l'idée de l'esclavage que les sociétés dites civilisées s'empressent par la suite d'appliquer religieusement, de manière plus ou moins dévoilée, au travers d'artifices légaux multiples et variés. La référence au terme "négrier" en plein 20 ème siècle que cet auteur utilise pour parler des citoyens haïtiens, premiers parmi les premiers à se libérer en 1804 de l'asservissement féodal au travers d'une révolution authentique comme nul autre peuple n'a connu sur cette terre, ne surprend d'ailleurs personne.

Or, Fidel Castro, descendant d'esclave par sa mère, s' il embrasse la démocratie athénienne pour ce qu'elle a de plus noble, notamment par son caractère direct que d'autres rechignent généralement à implémenter, il semble être le seul, comme nous l'apprend le livre, à percevoir dans l'idée de l'esclavage la contradiction dans ce modèle universel et donc aussi sa limite.

C'est peut-être cela que le monde occidental ne pardonne pas à Fidel Castro. Surtout quand ce dernier va jusqu'à bousculer la sacro-sainte pratique de l'homosexualité érigée en un culte inextricablement associé à cet héritage grecque que nul ne semble vouloir remettre en question. Dans un monde occidental inquisitoire et pétri de sa "liberté", la diabolisation qui résulte d'un tel sacrilège fait aux dieux de l'Olympe est systématique.

Quoi dès lors de plus normal que l'on frappe d'anathème celui qui ose sortir des sentiers battus du crédo occidental ? Cet auteur le montre bien lorsqu'il va jusqu'à mettre dans la bouche de Castro des insultes comme "sales pédés" dont nous ne trouvons curieusement aucun équivalent dans la langue de Servantes.

Détail de taille, largement ignoré par cet auteur: dans ce scénario américain de la domination de l'île, on est loin du projet humaniste de Fidel Castro de fraternité et d'égalité qui n'a aucun égal sur toute la planète, même si on peut, certes, discuter justement de la liberté. Loin d'être cet échantillon miniature, à portée de main pour "l'Américain", de ce que peut être un régime communiste ignoble et misérable, comme l'auteur le suggère, Cuba est au contraire le témoin gênant qui renvoie sans cesse et séreinement à la grande Amérique l'image de ses propres contradictions. Il est la démonstration permanente de ce que, même dans le dénuement le plus absolu, un monde où la santé, premier élément s' il en est de la dignité humaine, librement accessible pour tous, est possible. Et que la liberté d'accès à l'éducation, raison ultime d'être de tout être et donc aussi de la cité, est une réalité. Le tout dans une harmonie, certes perfectible, mais néanmoins perceptible, dans la cohabitation pacifique des groupes et des races. Pour cet auteur, ce dernier point peut être sans doute assimilé à un détail de l'histoire dans un monde occidental qui a vite fait de ces deux éléments essentiels un enjeu commercial des plus vils, mais pour la majeure partie de cette cette planète et de son humanité, surtout pour le peuple cubain, premier concerné, et surtout noir, cela n'en est pas du tout un.


Adios Comandante! Hasta siempre! Con Chavez decimos: Con Kristo venceremos!

En dernière analyse, quand on voit l'état du monde occidental et que l'on daigne regarder le résultat humaniste du travail de Castro, l'homme ne croît pas si bien dire lorsqu'au cours de son procès en 1953, après l'attaque de la Moncada, il y a soixante cinq ans jour pour jour, il déclare: " Condamnez-moi, cela n'importe guère. L'Histoire m'acquittera! "

Pour le reste, le livre semble bien écrit. Sa lecture est captivante. On constate ça et là quelques fautes d'orthographe plus ou moins graves, comme lorsque cet auteur parle de " sabler le champagne " au lieu de " sabrer le champagne ". À défaut d'un régicide, pour celui qui est justement du pays du champagne, même sans être visiblement du terroir, cela semble tout de même être un crime de lèse-majesté que le Jefe, se prévalant de son système d'éducation largement respecté, lui pardonnerait volontiers. Nonobstant sa démarche généralement tendancieuse et son caractère clairement pas très "sano".

Bukoko Ikoki,

Citoyen ordinaire.















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